L’équipe de France féminine s’envole aujourd’hui pour Kazan. Avant son départ, Steven Colledge, entraîneur du collectif, a bien voulu répondre à nos questions.
F.F.H.: Que bilan peux-tu tirer de votre préparation ?
Steven Colledge : Nous avons joué 9 matchs pendant cette préparation. Plusieurs choses ressortent :
- Nous avons vu la différence de condition physique entre nos adversaires et nous. Les résultats sont la conséquence de cet écart. Nous pouvons bien jouer pendant une mi-temps mais après, nous lâchons la concentration et nous encaissons alors des buts.
- L’équipe manque un peu d’expérience car elle est très jeune. On a joué contre des équipes très fortes et expérimentées surtout l’Espagne et l’Irlande qui disputent elles aussi des tournois pré-olympiques. On peut ainsi deviner le niveau qu’il y aura à Kazan.
- Nous avons eu beaucoup de blessées, ce qui nous a handicapé. L’équipe n’était donc pas finalisée jusqu’au 10 avril.
Mais durant cette préparation, j’ai vu aussi du positif , une progression notamment sur le plan offensif. Le dernier match était bien meilleur. Après 9 matchs, même si les scores ne le traduisent pas, nous avons progressé dans la façon de jouer et ça c’est positif.
F.F.H. : Penses-tu que la préparation a été trop courte pour cette échéance ?
S.C. : Nous avons toujours un problème de préparation sur le long terme car nous n’avons jamais le même groupe sur 6 mois. A aucun moment, l’équipe type n’a joué ensemble car les joueuses étaient sollicitées par leurs clubs (Coupes d’Europe, journées de Championnats). Comment peut-on donc bien se préparer si nous n’avons pas toutes les filles pour chaque stage, chaque compétition ? C’est un problème qui n’est pas nouveau. Pour la suite, cela devrait changer notamment grâce à la décision en concertation avec la Commission sportive de réserver un week-end par mois à la préparation des équipes de France.
Pour ce genre de compétition, il faut être prêt mentalement, physiquement. On ne peut pas tout faire en 6 semaines, c’est logique. On est donc un peu en retard sur ce niveau là. En même temps, les autres équipes n’ont pas beaucoup d’informations sur nous et nous pouvons donc créer la surprise. Il peut toujours y avoir quelques surprises lors de tournois. On a une semaine ensemble à Kazan et on peut encore progresser sur les derniers temps de jeu de préparation face à la Belgique et les Etats-Unis. Certaines filles ont besoin de récupérer, d’autres ont juste repris. La préparation a été difficile mais je suis confiant car on part avec une équipe finalisée et nous avons une semaine pour mettre les dernières choses importantes en place.
F.F.H.: Peux-tu nous dire un mot sur la sélection ?
S.C. : On a du composer avec les blessures et les raisons professionnelles qui ont empêché certaines joueuses de pouvoir s’engager sur Kazan comme Perrine Brétigny, Aurélie Morin et Gwenaëlle Dutel. Des jeunes ont pris donc leur place et c’est une bonne chose dans la logique de long terme. Trois jeunes vont ainsi pouvoir prendre de l’expérience. Si tout le monde est motivé, cela est une bonne chose pour l’avenir.
La moyenne d’âge de l’équipe est de 20 ans. 9 joueuses ont moins de 10 sélections. Nous manquons d’expérience mais il faut commencer à travailler aujourd’hui sur notre objectif de long terme. Dans notre équipe, il y a beaucoup de moins de 21 ans et de moins de 18 ans. C’est aussi une opportunité pour l’équipe moins de 21 ans de prendre de l’expérience pour les Championnats d’Europe cet été, d’augmenter le niveau dans les filières.
F.F.H. : Selon toi, pourquoi y a t-il eu autant de blessées ?
S.C. : Deux raisons. Pour 2 ou 3, cela est du à un manque de préparation pour le haut niveau. Certaines manquaient de préparation physique. Pour d’autres, c’est la malchance. Le problème est que tout est arrivé en même temps.
F.F.H. : Quel est votre objectif à Kazan ?
S.C. : L’objectif est match après match. Il faut que nous gagnions notre premier match face aux Antilles Néerlandaises car nous avons les moyens de gagner. En fonction de ce 1er résultat, cela va déterminer l’esprit de la suite. Si on gagne le 1er match, on sera optimiste. L’objectif est surtout de créer une ambiance, un groupe et de travailler sur la façon de jouer, être compétitif, bien défendre et essayer d’attaquer. L’exemple de Trinité & Tobago à Auckland est très bon : c’était une équipe jeune mais qui a posé des problèmes à ses adversaires, qui a produit du beau jeu.
Nous n’avons pas de pression sur cette compétition et j’espère que l’équipe va jouer sans.
F.F.H. : Peux-tu nous en dire un peu plus sur vos adversaires ?
S.C. : Le match face à la Belgique sera très difficile mais nous avons une revanche à prendre sur Siauliai (la Belgique avait battu la France 2-3 lors des Championnats d’Europe Trophy l’empêchant de disputer le dernier carré) et donc une motivation réelle. Mais nous devrons être vigilant car la Belgique a du bien progresser depuis septembre.
Nous connaissons les Russes que nous avons affrontées en juillet dernier.
Les grandes équipes inconnues sont les Etats-Unis et l’Inde. Cette compétition internationale nous donne l’opportunité de jouer contre des équipes que l’on ne connaît pas, que nous n’avons pas l’habitude d’affronter. C’est une réelle chance en matière d’expérience.
Les Etats-Unis semblent être les favoris : ils se sont classés 6ème lors de la dernière Coupe du Monde à Madrid en 2006. Ils ont raté les J.O d’Athènes et de Sydney mais depuis 2005-2006, ils travaillent avec comme objectif d’augmenter leur niveau et de disputer les J.O. de Pékin. Ils ont d’ailleurs également un coach australien.
Nous avons la capacité de faire quelque chose. Nous avons vu à Rome qu’on savait faire (6ème au tournoi qualificatif Coupe du Monde). Dans un tournoi, il faut trouver les solutions pour pouvoir rebondir si par exemple cela ne se passe pas bien pendant un ou deux matchs. Il est important de rester dans un état d’esprit très compétitif jusqu’au bout et garder la volonté de gagner pour décrocher des points au ranking mondial, c’est très important.
F.F.H. : Comment envisages-tu la suite ? l’après Kazan ?
S.C. : Après Kazan, nous allons constituer un groupe de 26 filles avec comme objectif les Championnats d’Europe à Rome en 2009. Dès septembre 2008, nous allons commencer la préparation avec de nombreux stages et matchs.
F.F.H. : N’est-il pas trop dur de donner un objectif à long terme aux joueuses ?
S.C. : Non, il faut de toute façon une vision de long terme. 4 ans, ce n’est pas si long. Il y a des échéances intermédiaires qui permettent d’avancer par étapes jusque 2012 (Championnats d’europe 2009 et 2011, tournoi qualificatif Coupe du Monde 2010). Si on explique bien aux filles toutes les étapes, ce n’est alors pas très compliqué.
Très peu de joueuses peuvent s’engager sur 4 ans actuellement mais nous pouvons créer une émulation qui leur donne envie de continuer jusque 2012.
Il va falloir faire d’ici là un gros travail physique et technique. Tout d’abord, physique : on voit actuellement que nous n’avons pas le niveau suffisant par rapport aux autres équipes. Il faut absolument travailler ce domaine pour pouvoir après avoir la possibilité de développer les tactiques de jeu et la technique.
L’avenir est très positif car nous avons une équipe jeune. Si on parvient à créer une ambiance et qu’elles ont alors la motivation de rester ensemble, on peut faire quelque chose.
F.F.H. : Quel est l’état d’esprit du groupe aujourd’hui ?
S.C. : Il y a une très bonne ambiance et pour moi, c’est la clé de la réussite. Pour preuve, ce qui s’est passé à Rome. Je pense qu’il faut créer cette ambiance à Kazan.
Cette compétition est un apprentissage. Pour Fanny Verrier, Athéna Richard, Justine Duby, Sunita D’Halluin, Margaux de Galzain, Salomé Dain, Camille Carton et Fanny Boyer, c’est leur 1ère grande compétition internationale. C’est le début d’un travail que l’on va mettre progressivement en place sur le fonctionnement de l’équipe et le haut niveau. Les seniors Marion Rehby, Marie-Céline Lamas, Emilie Bègue et le staff auront le challenge de donner le sens de la compétition.






